Contre le piège corporatiste, pour l’unité ouvrière Par Daniel Gluckstein Mercredi 24 Juin 2019

Ouest France est le quotidien le plus diffusé en France. C’est aussi depuis trois quarts de siècle la propriété de la famille Hutin qui revendique la « démocratie chrétienne » comme principale source d’inspiration de sa ligne éditoriale. En clair : c’est l’Église faite journal. 

En matière de doctrine sociale, l’Église s’en tient à l’encyclique Rerum Novarum promulguée en 1891 par le pape Léon XIII. Laquelle appelle au respect des inégalités : « L’homme doit accepter cette nécessité de la nature qui rend impossible l’élévation de tous au même niveau. » Bien sûr, l’Église se préoccupe du sort des plus démunis, mais « le premier principe sur lequel doit se baser le relèvement des classes inférieures est l’inviolabilité de la propriété privée »La lutte des classes* ? « L’erreur capitale est de croire que les deux classes sont ennemies. » Au contraire : « Les deux classes sont destinées par la nature à s’unir harmonieusement dans un parfait équilibre. » C’est pourquoi l’encyclique prône la mise en place de « corporations » unissant patrons et ouvriers sous l’égide de l’État pour contrer les syndicats ouvriers fondés sur la lutte de classe. On sait ce qu’il est advenu des régimes corporatistes* s’inspirant de cette encyclique dans les années 1930… 

Ce 22 juillet, Ouest France publie un éditorial signé du directeur délégué de la rédaction des Échos. Sujet : le plan Macron-Delevoye. S’y exprime l’inquiétude du secteur du capital financier inspiré par la doctrine sociale de l’Église : la contre-réforme des retraites* est « utile », certes, mais pas « indispensable ». Mais surtout, est-elle « jouable » ?, s’interroge l’éditorialiste. Réponse : « Oui, mais pas sans conditions. » Quelles conditions ? Le rapport Delevoye doit être pris comme « un point de départ, pas d’arrivée ». Il s’agit de manœuvrer afin d’éviter que « les plus gros perdants de la réforme (qui) seront les plus prompts à se mobiliser » se trouvent des « alliés ». Pour cela, il faut dissocier et diviser. Tel est l’objet de la « concertation »* : associer les syndicats à des aménagements en marge… pour faire passer l’ensemble du projet destructeur. 

Devant les organisations syndicales s’ouvre le piège du corporatisme. Déjà, la principale fédération de l’enseignement annonce qu’elle « s’engagera dans les discussions annoncées par le président de la République concernant la revalorisation des enseignants en lien avec la future réforme des retraites ». Faudrait-il considérer que la bataille est perdue avant même d’avoir été engagée et qu’il revient aux syndicats d’en co-élaborer les applications particulières, catégorie par catégorie ? Cela, c’est la voie de la division et de la défaite assurée pour chaque catégorie et pour toutes. 

Des organisations en charge de la défense de leurs intérêts les travailleurs sont en droit d’exiger qu’elles s’engagent dans la voie de l’unité. Rien n’est joué, tout commence. La défense de chacun des 42 régimes de retraite passe par le combat commun, travailleurs et syndicats unis sur l’exigence commune : retrait du projet Macron-Delevoye. 

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