Par où ne passe pas le chemin de la paix L’éditorial de la tribune des travailleurs du 16 Octobre 2019, Daniel Gluckstein

À nouveau, le peuple kurde est frappé dans sa chair. À nouveau, le voilà contraint à prendre la route de l’exil, soumis aux bombardements, massacres et exécutions sommaires de civils ordonnés par Erdogan. 

Dans le monde entier, en particulier en France, des travailleurs et des jeunes manifestent pour le retrait immédiat des troupes turques de Syrie et l’arrêt des bombardements. 

À quoi nous ajouterons, pour notre part, deux exigences : la reconnaissance du droit du peuple kurde, dans les différents pays où il est dispersé, à décider de son avenir ; et le retrait de toutes les troupes étrangères d’intervention, à commencer par les troupes françaises. 

Il y a, sur ce sujet, des points de vue différents. 

Dans L’Humanité(14 octobre), sous le titre « Aux armes ! », Jean-Luc Mélenchon écrit : « La Turquie a frappé une présence française en Syrie sur laquelle les Turcs n’ont pourtant aucun droit de regard. Dans de tels cas, notre devoir est de riposter. » 

Non, Mélenchon, la « présence française en Syrie » n’est pas plus légitime que la présence des troupes américaines… ou turques ! Appeler Macron à « riposter » les armes à la main, c’est proposer de s’enfoncer encore un peu plus dans la mécanique des occupations et des interventions impérialistes qui, depuis près de dix ans, crucifient les populations en Syrie après avoir disloqué l’Irak et ravagé l’Afghanistan. 

Aujourd’hui, Macron et Merkel condamnent l’intervention turque que Trump a encouragée. Mais Macron comme Trump n’ont en vue que les intérêts des capitalistes de leur pays respectif. Ni l’un ni l’autre ne se soucie du sort des Kurdes. L’impérialisme américain a, des années durant, tiré profit de l’accord passé avec les dirigeants du peuple kurde en Syrie pour s’en servir comme chair à canon dans « sa » guerre. Puis, quand il n’en a plus eu l’usage, il l’a cyniquement livré aux massacres d’Erdogan. Macron fera de même demain, si les intérêts bien compris du capital financier français et la stabilité de ses institutions l’exigent. 

Non, le chemin de la paix, pas plus que le chemin du droit du peuple kurde à décider de son avenir, ne passent par une quelconque alliance avec Macron. 

Passeraient-ils davantage, ces chemins, par l’ONU ? C’est la position défendue, dans le même numéro de L’Humanité, par Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, pour qui « l’ONU doit placer le Rojava* sous protection internationale (…) et garantir son autonomie démocratique »

Pourtant, n’est-ce pas l’ONU qui, dans les jours précédant l’intervention turque, a exclu la représentation kurde de la commission chargée de préfigurer l’avenir de la région ? N’est-ce pas l’ONU qui, d’Haïti au Congo en passant par la Somalie, la Bosnie, le Mali, le Liberia et tant d’autres pays, décide les interventions militaires qui projettent les peuples dans la ruine et la désolation ? 

L’émancipation des peuples opprimés – comme celle des travailleurs – sera l’œuvre des peuples opprimés eux-mêmes. 

* Nom donné aux territoires du nord-est de la Syrie sous contrôle des milices kurdes syriennes YPG. 

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